Les finalistes du Prix Martin Ennals 2019 sont connus

Les finalistes du Prix Martin Ennals 2019 sont connus

Eren Keskin (Turquie), Marino CĂłrdoba Berrio (Colombie) et Abdul Aziz Muhamat (Papouasie-Nouvelle-GuinĂ©e / Australie) se disputeront ce prix prestigieux remis aux dĂ©fenseur(e)s des droits de l’Homme ayant fait preuve d’un profond engagement et confrontĂ©(e)s Ă  de grands risques personnels. La CIJ est membre du jury.

Pologne: la CIJ condamne la nomination illégitime de 27 juges à la Cour suprême

Pologne: la CIJ condamne la nomination illégitime de 27 juges à la Cour suprême

La CIJ a condamnĂ© aujourd’hui la nomination par le prĂ©sident Andrzej Duda de 27 juges Ă  la Cour suprĂŞme en remplacement de ceux qui ont Ă©tĂ© mis «à la retraite forcĂ©e» en juillet dernier.

«Ces nominations sont manifestement illégitimes et portent gravement atteinte à l’état de droit en Pologne», a déclaré Róisín Pillay, directrice de programme de la CIJ pour l’Europe et l’Asie centrale.

Les nouvelles nominations visent Ă  remplacer les juges de la Cour suprĂŞme, y compris la prĂ©sidente de la Cour suprĂŞme, MaĹ‚gorzata Gersdorf, dont la «retraite forcĂ©e» constitue une violation flagrante des normes internationales relatives Ă  la sĂ©curitĂ© du mandat et Ă  l’indĂ©pendance des juges.

La dĂ©cision du prĂ©sident est d’autant plus prĂ©occupante qu’elle enfreint une dĂ©cision de la Cour suprĂŞme suspendant la loi en vertu de laquelle ces nominations ont Ă©tĂ© faites, dans l’attente d’une dĂ©cision de la Cour de justice de l’Union europĂ©enne.

L’un des principes fondamentaux de l’état de droit et des principes relatifs à l’indépendance du pouvoir judiciaire est que l’exécutif respecte les décisions dûment prises par le pouvoir judiciaire.

«En annonçant ces nominations maintenant, alors que des cas relatifs Ă  la retraite forcĂ©e de juges de la Cour suprĂŞme sont toujours pendants Ă  la Cour europĂ©enne, le prĂ©sident Duda a ignorĂ© les procĂ©dures de l’instance judiciaire suprĂŞme de l’Union europĂ©enne», a ajoutĂ© RĂłisĂ­n Pillay.

La CIJ considère que la lĂ©galitĂ© de la nomination des nouveaux juges est d’avantage compromise par le rĂ´le jouĂ© par le Conseil national de la magistrature, dĂ©sormais politisĂ©, dont l’indĂ©pendance et l’impartialitĂ© ont Ă©tĂ© gravement compromises par les rĂ©centes modifications lĂ©gislatives.

La CIJ exhorte les autoritĂ©s polonaises Ă  cesser toute ingĂ©rence envers la Cour suprĂŞme dans l’exercice de ses fonctions lĂ©gitimes, et Ă  inverser les mesures prises de contraindre les membres de la Cour suprĂŞme Ă  prendre leur retraite.

Contexte

Cette offensive contre les agissements de la Cour suprême a lieu dans le cadre d’un travail de sape systématique de l’indépendance du pouvoir judiciaire en Pologne par les autorités exécutives et législatives polonaises, dans le but d’accroître leur influence politique sur le pouvoir judiciaire, ce que la CIJ a maintes fois condamné.

Plus tôt cette année, la Pologne a adopté une nouvelle loi sur la Cour suprême qui tente de contraindre un tiers des juges à la Cour suprême « à prendre leur retraite », y compris son Premier président, en abaissant l’âge de la retraite obligatoire de ses juges de 70 à 65 ans. Cette mesure contrevient clairement au droit et aux standards internationaux relatifs aux droits de l’Homme.

La Commission europĂ©enne a lancĂ© une procĂ©dure d’infraction pour non-conformitĂ© de cette loi avec le droit europĂ©en.

En l’absence de rĂ©formes satisfaisantes de la part de la Pologne, la Commission a saisi la Cour de justice de l’Union europĂ©enne (CJUE) le 24 septembre et a demandĂ© des mesures provisoires pour rĂ©tablir la Cour suprĂŞme de ce pays dans sa situation antĂ©rieure au 3 avril 2018.

Au mĂŞme moment, la Cour suprĂŞme de Pologne a adressĂ© Ă  la CJUE une demande de dĂ©cision prĂ©liminaire visant Ă  obtenir son interprĂ©tation sur la conformitĂ© de sa lĂ©gislation sur l’âge de la retraite des juges au regard du droit europĂ©en, en particulier en ce qui concerne l’interdiction de la discrimination basĂ©e sur l’âge, et ce en vertu de la Directive 2008/78. .

Conformément à la jurisprudence de la CJUE, la Cour suprême a suspendu l’application du droit national sur la retraite forcée des juges.

Une lettre de la CIJ du 11 juillet 2018 (uniquement disponible en anglais), signée par 22 hauts magistrats de toutes les régions du monde, a exhorté le gouvernement polonais à agir immédiatement pour réintégrer les juges mis de force à la retraite.

Europe: sauver le navire de sauvetage en Méditerranée

Europe: sauver le navire de sauvetage en Méditerranée

Les dirigeants europĂ©ens doivent agir rapidement pour aider l’Aquarius, dernier navire de recherche et de sauvetage non-gouvernemental opĂ©rant en MĂ©diterranĂ©e, Ă  s’immatriculer après le retrait de son pavillon par les autoritĂ©s panamĂ©ennes, ont annoncĂ© aujourd’hui cinq organisations internationales des droits de l’Homme dans une lettre ouverte (uniquement disponible en anglais).

La lettre a Ă©tĂ© envoyĂ©e aux dirigeants europĂ©ens Ă  l’occasion du cinquième anniversaire du naufrage de Lampedusa, qui a fait au moins 368 morts, les exhortant Ă  offrir un pavillon Ă  l’Aquarius.

«l’Aquarius a sauvĂ© des dizaines de milliers de vies en mer, comblant ainsi le vide laissĂ© par les États», a dĂ©clarĂ© Judith Sunderland, directrice adjointe par intĂ©rim de Human Rights Watch pour l’Europe et l’Asie centrale, au nom des organisations. «Quel meilleur hommage Ă  ceux qui sont morts au large de Lampedusa il y a cinq ans que de veiller Ă  ce que l’Aquarius, symbole de solidaritĂ© et de respect de la vie et de la dignitĂ© humaines, puisse continuer Ă  sauver des vies».

La lettre a Ă©tĂ© signĂ©e par Amnesty International, Human Rights Watch, le Conseil europĂ©en sur les rĂ©fugiĂ©s et les exilĂ©s (ECRE), la Commission internationale de juristes (CIJ) et la FĂ©dĂ©ration internationale des droits de l’Homme (FIDH).

SOS MEDITERRANEE et MSF ont lancé une pétition ici (uniquement disponible en anglais).

Pour plus d’informations et pour organiser une interview, veuillez contacter:

Róisín Pillay, Directeur de programme auprès de la CIJ Europe: + 32 2 734 84 46; ou roisin.pillay@icj.org

La lettre complète est disponible ici: Europe-Aquarius Letter-Advocacy-Open Letter-2018-EN (uniquement disponible en anglais)

Myanmar: la crĂ©ation d’un mĂ©canisme des Nations Unies constitue un pas en avant vers la responsabilitĂ©

Myanmar: la crĂ©ation d’un mĂ©canisme des Nations Unies constitue un pas en avant vers la responsabilitĂ©

La dĂ©cision prise aujourd’hui par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies de crĂ©er un “mĂ©canisme indĂ©pendant” pour recueillir des preuves de crimes au Myanmar constitue un pas important vers la responsabilitĂ© pour les violations flagrantes des droits de l’Homme, a dĂ©clarĂ© la CIJ.

«La création de ce mécanisme de collecte de preuves est une étape concrète bienvenue vers la justice», a déclaré Matt Pollard, conseiller juridique principal de la CIJ.

«Mais il s’agit d’une mesure bouche-trou visant à créer un procureur sans tribunal, ce qui ne fait que souligner la nécessité urgente pour le Conseil de sécurité de référer l’ensemble de la situation devant la Cour pénale internationale, qui a été créée précisément pour de telles circonstances», at-il ajouté.

La décision du Conseil fait suite aux conclusions et recommandations de la Mission d’enquête internationale indépendante sur le Myanmar (FFM).

Le rapport complet de 444 pages de la Mission d’enquĂŞte a dĂ©crit de graves violations de l’Homme perpĂ©trĂ©es Ă  grande Ă©chelle des droits  contre des groupes minoritaires dans le pays, en particulier dans les États de Rakhine, Kachin et Shan.

Il a Ă©galement soulignĂ© la nĂ©cessitĂ© d’enquĂŞtes et poursuites pĂ©nales pour des crimes sous le droit international, ce Ă  quoi la Mission d’enquĂŞte a conclu que les tribunaux nationaux et les commissions du Myanmar ne pouvaient pas y rĂ©pondre.

«Les institutions judiciaires nationales du Myanmar manquent d’indĂ©pendance, de capacitĂ©s et souvent aussi de volontĂ© de demander des comptes aux auteurs d’atteintes aux droits de l’Homme, en particulier lorsque des membres des forces de sĂ©curitĂ© sont impliquĂ©es. La dernière enquĂŞte Ă©tablie par le gouvernement dans l’État de Rakhine semble Ă©galement conçue pour dissuader et retarder la justice », a dĂ©clarĂ© Pollard.

La rĂ©solution du Conseil des droits de l’Homme n’a pas créé de nouvelle cour ou tribunal international.

Les preuves dĂ©tenues par le mĂ©canisme indĂ©pendant pourraient ĂŞtre communiquĂ©es Ă  des procĂ©dures internationales ou nationales, que ce soit devant la Cour pĂ©nale internationale (CPI) ou un autre tribunal international ad hoc, ou aux procureurs nationaux faisant valoir leur compĂ©tence pour les crimes relevant de la compĂ©tence universelle ou pour d’autres motifs.

Bien qu’il n’y ait aucune perspective rĂ©aliste de poursuites nationales efficaces au Myanmar dans un proche avenir, le mĂ©canisme pourrait Ă©galement fournir des preuves Ă  l’avenir si les institutions nationales devenaient finalement suffisamment impartiales, indĂ©pendantes, compĂ©tentes et capables de le faire.

Un examen prĂ©liminaire de la situation des Rohingyas, menĂ© par la CPI, peut Ă©galement donner lieu Ă  des poursuites pĂ©nales mais sera probablement limitĂ© aux crimes qui se sont dĂ©roulĂ©s en partie au Bangladesh, tels que le crime contre l’humanitĂ© en matière d’expulsion.

Le Bangladesh est un État partie au Statut de Rome de la CPI, contrairement au Myanmar.

Le Conseil de sécurité est également habilité à référer la totalité de la situation devant la Cour pénale internationale.

«Le gouvernement du Myanmar devrait cesser de nier la vĂ©ritĂ© et collaborer avec la communautĂ© internationale, en particulier les Nations unies, afin d’amĂ©liorer les conditions de vie dans lesquelles se trouvent les Rohingya et les autres minoritĂ©s ethniques, dont les droits ont Ă©tĂ© violĂ©s de manière aussi brutale par les forces de sĂ©curitĂ©, comme documentĂ© par la Mission d’enquĂŞte », a dĂ©clarĂ© Pollard.

«Les partenaires internationaux du Myanmar, y compris des voisins tels que l’Inde et la Chine, et des membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), devraient exercer leur influence pour faire en sorte que le Myanmar s’attaque Ă  cette grave menace Ă  la stabilitĂ© du pays et de la rĂ©gion en veillant au respect, la protection et la mise en oeuvre de l’ensemble des droits civils, culturels, Ă©conomiques, politiques et sociaux des minoritĂ©s concernĂ©es », a-t-il ajoutĂ©.

La rĂ©solution du Conseil contient plusieurs autres recommandations de fond, notamment un appel au gouvernement du Myanmar Ă  rĂ©viser la loi de 1982 sur la citoyennetĂ© et une recommandation aux Nations unies d’ouvrir une enquĂŞte sur son implication au Myanmar depuis 2011.

Contact:

Matt Pollard, conseiller juridique principal à la CIJ (Genève), e: matt.pollard@icj.org, +41 79 246 54 75.

Frederick Rawski, directeur régional Asie-Pacifique de la CIJ (Bangkok), e: frederick.rawski@icj.org

Défenseurs de la justice et des droits humains: l’ICJ depuis 60 ans à Genève !

Défenseurs de la justice et des droits humains: l’ICJ depuis 60 ans à Genève !

2018 marque le 60ème anniversaire de l’arrivĂ©e Ă  Genève de l’ICJ, Ă  l’initiative du grand juriste Suisse Jean-Flavien Lalive qui Ă©tait SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral de l’Organisation en 1958.

Lors du Congrès de l’ICJ à New Delhi en 1959, le Dr Lalive a contribué à définir les principes de l’Etat de Droit et des droits de l’Homme.

La DĂ©claration de Delhi, en particulier, constitue Ă  ce jour un instrument fondamental dans la dĂ©finition de la primautĂ© du droit dont les juristes sont principalement responsables pour sauvegarder et faire progresser les droits de l’Homme.

Cela fait de l’ICJ l’une des plus anciennes organisations internationales basées à Genève.

Elle y joue un rĂ´le unique et prééminent en tant qu’organisation non gouvernementale pour la dĂ©fense des droits de l’Homme et de l’Etat de Droit dans le monde.

L’ICJ va marquer cet événement par deux activités majeures:

  • Une campagne de visibilitĂ© du 26 septembre au 9 octobre sur cinq vĂ©hicules et tous les Ă©crans intĂ©rieurs des trams et bus des TPG avec le slogan « DĂ©fenseurs de la justice et des droits humains – Depuis 60 ans Ă  Genève »
  • Le lancement de l’Appel du 60ème Anniversaire Ă  tous les avocats du canton et de la Ville de Genève pour qu’ils soutiennent l’ICJ et, Ă  travers elle, leurs confrères moins privilĂ©giĂ©s, victimes de persĂ©cutions sur les cinq continents.

« Genève peut être fière de son image de capitale mondiale des droits de l’Homme. Elle est un phare pour ces défenseurs de la justice dans le monde. Il faut continuer à le faire rayonner, » souligne Sam Zarifi, secrétaire général de l’ICJ.

« Par son action en 60 ans, l’ICJ a grandement contribuĂ© Ă  l’aura de Genève en matière de protection des droits de l’Homme : les campagnes ayant abouti Ă  la crĂ©ation du poste de Haut-Commissaire aux droits de l’Homme en 1993 et du Conseil des droits de l’Homme Ă  l’ONU en 2006, ainsi que celle qui a concouru Ă  l’adoption de la Convention des Nations Unies contre la torture en 1984 sont quelques exemples notoires, » rappelle Olivier Coutau, DĂ©lĂ©guĂ© Ă  la Genève Internationale.

« Face aux attaques répétées contre les droits de l’Homme, le monde a besoin, plus que jamais, d’une défense compétente, rigoureuse et efficace de l’Etat de Droit par l’ICJ, » ajoute Sam Zarifi, secrétaire général de l’ICJ.

L’Appel du 60ème Anniversaire de l’ICJ est soutenu par la République et canton de Genève.

 Information additionnelle

La réputation internationale de l’ICJ repose sur les piliers suivants:

  • 60 Commissaires – juges et avocats Ă©minents – du monde entier et de tous les systèmes juridiques, avec une connaissance sans Ă©gale du droit et des droits de l’Homme;
  • CoopĂ©ration avec les gouvernements qui s’engagent Ă  amĂ©liorer leur performance en matière de droits de l’Homme;
  • Équilibre efficace entre diplomatie, critique constructive, renforcement des capacitĂ©s et, si nĂ©cessaire, dĂ©nonciation;
  • Accès direct unique aux systèmes judiciaires nationaux et mise en place de normes internationales et de lĂ©gislations amĂ©liorĂ©es impactant des millions de personnes;
  • Guider, former et protĂ©ger les juges et les avocats dans le monde afin qu’ils respectent et appliquent ces normes;
  • Oeuvrer en faveur de l’accès Ă  la justice pour les victimes, les survivants et les dĂ©fenseurs des droits de l’Homme, et notamment les personnes issues de communautĂ©s marginalisĂ©es;
  • Gestion rigoureuse basĂ©e sur rĂ©sultats concrets dans l’exĂ©cution de ses projets.

En reconnaissance de cette approche efficace, l’ICJ s’est vu dĂ©cerner, au cours de sa longue histoire, certaines des distinctions internationales les plus prestigieuses : Prix EuropĂ©en des Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, United Nations Award for Human Rights, Erasmus Prize, Carnegie Foundation Wateler Peace Prize.

En 2018, l’ICJ a offert des formations locales sur les cinq continents, afin que 4,300 juges, avocats et procureurs renforcent leur compétence pour protéger et promouvoir les droits fondamentaux.

L’ICJ a un statut consultatif auprès des Nations Unies, du Conseil économique et social des Nations Unies, de l’UNESCO, du Conseil de l’Europe et de l’Union africaine.

Contact :

Michaël W. Sombart, Directeur Philanthropie & Partenariats stratégiques, t: +41 22 979 38 31 ;  m: +41 77 965 98 45 ; e: michael.sombart(a)icj.org

Reed Brody, commissaire à la CIJ: «Vingt ans après, l’arrestation de Pinochet reste une source d’inspiration»

Reed Brody, commissaire à la CIJ: «Vingt ans après, l’arrestation de Pinochet reste une source d’inspiration»

Le 16 octobre 1998, l’ancien dictateur chilien, Augusto Pinochet, a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© Ă  Londres sur mandat d’un juge espagnol. Reed Brody a participĂ© Ă  la procĂ©dure judiciaire ultĂ©rieure.

Reed Brody a ensuite appliquĂ© le «prĂ©cĂ©dent Pinochet» dans la poursuite marquante de l’ancien dictateur tchadien, Hissène HabrĂ©, reconnu coupable de crimes contre l’humanitĂ© au SĂ©nĂ©gal en 2016.

Il travaille maintenant avec les victimes de l’ancien dictateur de Gambie, Yahya Jammeh. La CIJ a interrogĂ© Brody sur l’affaire Pinochet et son hĂ©ritage.

Quel a Ă©tĂ© votre rĂ´le dans l’affaire Pinochet?

Mon rôle a commencé lorsque Pinochet a été arrêté à Londres. L’affaire a commencé bien avant, bien sûr, dans les premières années de la dictature de Pinochet, lorsque de courageux militants des droits de l’Homme ont documenté chaque cas de meurtre et de «disparition».

La CIJ a travaillĂ© avec ces dĂ©fenseurs pour produire un rapport crucial sur ces crimes en 1974, six mois seulement après le coup d’État de Pinochet. Exlus des tribunaux chiliens, mĂŞme après la transition dĂ©mocratique de 1990, les victimes et leurs avocats ont engagĂ© une action en justice contre Pinochet en Espagne en vertu de la loi en matière de “compĂ©tence universelle”, et lorsque Pinochet s’est rendu Ă  Londres, le juge espagnol Baltasar GarzĂłn a demandĂ© et obtenu sa dĂ©tention.

Lorsque Pinochet a contestĂ© son arrestation devant un tribunal, affirmant son immunitĂ© en tant qu’ancien chef d’État, je me suis rendu Ă  Londres pour le compte d’Human Rights Watch, et avec Amnesty International nous avons obtenu le droit d’intervenir avec des Ă©quipes d’avocats dans les procĂ©dures auprès du comitĂ© judiciaire de la Chambre des lords, la plus haute cour de Grande-Bretagne.

Les Lords ont cité nos recherches pour rejeter l’immunité de Pinochet.

Vous avez dĂ©crit la dĂ©cision des Lords concernant Pinochet comme un «signal d’alarme» pour des tyrans oĂą qu’ils soient. En regardant en arrière, pensez-vous que c’Ă©tait le cas?

En fait non, je pense qu’il serait difficile de discerner un changement de comportement des dictateurs. Mugabe n’a pas tremblĂ© dans ses bottes, Saddam n’a pas mis de l’ordre dans ses affaires.

L’effet le plus important et le plus durable de l’affaire Ă©tait de donner espoir Ă  d’autres victimes et militants. Lorsque les Lords ont dĂ©cidĂ© que Pinochet pouvait ĂŞtre arrĂŞtĂ© n’importe oĂą dans le monde, malgrĂ© son statut d’ancien chef d’État, le mouvement Ă©tait en effervescence.

En tant qu’avocat des droits de l’Homme, j’avais l’habitude d’avoir raison légalement et moralement, mais de perdre quand même. Dans l’affaire Pinochet, non seulement nous avons gagné, mais nous avons également confirmé la détention de l’un des dictateurs les plus emblématiques du monde.

L’affaire Pinochet a incitĂ© des victimes d’abus un pays après l’autre, notamment en AmĂ©rique latine, Ă  contester les dispositions transitoires des annĂ©es 80 et 90 qui permettaient aux auteurs d’atrocitĂ©s de rester impunis et, souvent, de rester au pouvoir.

Ces arrangements temporaires avec l’ancien rĂ©gime n’ont pas Ă©teint la soif des victimes de traduire leurs anciens bourreaux en justice .

Comment êtes-vous passé de Pinochet à Habré?

Avec Pinochet, nous avons vu que la compétence universelle pouvait être utilisée comme un instrument permettant de traduire en justice des personnes qui semblaient hors de portée de la justice.

Ensemble avec des groupes comme Amnesty, la FIDH et la CIJ (qui a rédigé un important rapport sur l’affaire Pinochet et de ses leçons), nous avons eu des réunions  pour déterminer qui pourrait être le «prochain Pinochet».

C’est alors que Delphine Djiraibe de l’Association tchadienne des droits de l’Homme nous a demandé d’aider les victimes de Habré à le traduire en justice dans son exil sénégalais.

J’Ă©tais enthousiaste Ă  la perspective de persuader un pays du Sud, le SĂ©nĂ©gal, d’exercer une compĂ©tence universelle, car il existait un paradigme en dĂ©veloppement dans lequel les tribunaux europĂ©ens poursuivaient les accusĂ©s de pays anciennement colonisĂ©s.

Cela nous a pris 17 ans, mais HabrĂ© est devenu la première mise en accusation d’un ancien chef d’État grâce Ă  la compĂ©tence universelle, et mĂŞme le premier procès de compĂ©tence universelle en Afrique.

L’année 1998 a été un seuil important pour la justice internationale avec l’adoption du Statut de Rome de la CPI et l’arrestation de Pinochet. Ni la CPI ni les juridictions universelles n’ont été à la hauteur de leurs attentes. Pourquoi?

La justice internationale ne fonctionne pas dans le vide, elle est conditionnée par la structure du pouvoir mondial. Chaque cas, que ce soit au niveau de la CPI ou au niveau transnational, est le produit des forces politiques qui doivent être mobilisées ou repoussées pour permettre à une mise en accusation de progresser.

Ces forces, en particulier depuis le 11 septembre 2001, ont Ă©tĂ© hostiles Ă  l’application des droits de l’homme en gĂ©nĂ©ral et Ă  la justice en particulier. La compĂ©tence universelle a Ă©tĂ© soumise aux mĂŞmes doubles standards que la CPI.

Les lois en matière de juridiction universelle belge et espagnole, qui Ă©taient les plus larges au monde, ont Ă©tĂ© abrogĂ©es lorsqu’elles ont Ă©tĂ© utilisĂ©es pour enquĂŞter sur des actions de superpuissances.

Mais bon nombre des cas les plus rĂ©ussis ont Ă©tĂ© ceux dans lesquels les victimes et leurs dĂ©fenseurs militants ont Ă©tĂ© les forces motrices, ont rassemblĂ© les preuves elles-mĂŞmes, construit une coalition de plaidoyer plaçant les victimes et leurs rĂ©cits au centre de la lutte pour la justice, et ont aidĂ© Ă  crĂ©er la volontĂ© politique dans l’État du for.

Je ne pense pas seulement Ă  HabrĂ©, mais aux poursuites pour gĂ©nocide au Guatemala de l’ancien dictateur EfraĂ­n  RĂ­os Montt, l’affaire haĂŻtienne du «prĂ©sident Ă  vie», Jean-Claude «Baby Doc» Duvalier, les affaires libĂ©riennes  portĂ©es Ă  travers le monde par Civitas Maxima et ses partenaires, les affaires suisses initiĂ©es par TRIAL International et le litige sur la Syrie par ECCHR et d’autres.

Ces affaires ont été portées devant les tribunaux nationaux du pays dans lequel les atrocités ont été commises (Guatemala, Haïti) ou de pays étrangers fondés sur une compétence universelle plutôt que devant des tribunaux internationaux.

La plupart de ces affaires ont tiré parti de régimes juridiques autorisant les victimes à participer directement aux poursuites en tant que «parties civiles» ou «acusación particular» plutôt que de jouer des rôles passifs ou secondaires dans des affaires uniquement intentées par des responsables nationaux ou internationaux.

Comment les poursuites engagées par les victimes sont-elles différentes des affaires institutionnelles?

Quand ce sont les victimes et leurs alliés qui amènent les cas devant un tribunal, qui recueillent les preuves et qui ont qualité pour agir, les procès ont plus de chances de répondre à leurs attentes.

Dans l’affaire Rios Montt, par exemple, l’AsociaciĂłn Para la Justicia y Reconciliacion (AJR) et le Centro Para la AcciĂłn Legal and Derechos Humanos (CALDH) ont mobilisĂ© les victimes, dĂ©veloppĂ© les Ă©lĂ©ments de preuve, dĂ©fini le rĂ©cit et, pour l’essentiel, dĂ©terminĂ© les contours du dossier et choisi les tĂ©moins qui tĂ©moigneraient pour l’accusation.

Dans l’affaire HabrĂ©, nous avons passĂ© 13 ans Ă  construire le dossier, Ă  interroger des centaines de victimes et d’anciens responsables et Ă  mettre Ă  jour les dossiers de la police du rĂ©gime. La coalition des victimes a toujours insistĂ© pour que tous les procès incluent des crimes commis contre chacun des groupes ethniques victimes au Tchad, et c’est exactement ce qui s’est passĂ©.

En revanche, un procureur éloigné, déconnecté des discours nationaux et, par nature, pas redevable face aux victimes et à la société civile, peut être tenté de restreindre à sa guise les poursuites en justice dans l’espoir d’obtenir une condamnation ou d’éviter une résistance politique.

C’est le cas de la CPI en République démocratique du Congo, par exemple, où, comme le soutient Pascal Kambale, elle a trahi les espoirs des victimes.

Des millions de civils sont morts en RDC et Luis Moreno Ocampo ne s’en est pris qu’Ă  deux chefs de guerre locaux. Je pense que l’actuel procureur accorde plus d’attention aux rĂ©alitĂ©s locales.

L’inspiration tirĂ©e des cas menĂ©s par les victimes est Ă©galement plus grande et peuvent, dans une certaine mesure, ĂŞtre reproduits. Comme Naomi Roht-Arriaza l’a Ă©crit, ces affaires ont «suscitĂ© l’imagination et ouvert des possibilitĂ©s, prĂ©cisĂ©ment parce qu’elles semblaient dĂ©centralisĂ©es, moins contrĂ´lables par les intĂ©rĂŞts de l’État et davantage, si vous voulez, d’actions imaginables ».

Quand j’ai montrĂ© aux victimes tchadiennes des clips vidĂ©o du procès RĂ­os Montt, elles ont vu dans ces images exactement ce qu’elles essayaient de faire.

Tout comme les Tchadiens sont venus nous voir dans l’affaire HabrĂ© pour tenter de faire ce que les victimes de Pinochet avaient fait, notre espoir en portant l’affaire HabrĂ© devant les tribunaux Ă©tait que d’autres survivants s’inspirent de ce que les victimes de HabrĂ© ont fait et disent: «Vous voyez ces personnes , ils se sont battus pour la justice et n’ont jamais abandonnĂ©. Nous pouvons le faire Ă©galement.”

Et en effet, les victimes libĂ©riennes et gambiennes ont structurĂ© leurs campagnes en faveur de la justice sur ce que les victimes de HabrĂ© ont fait. Ainsi, l’affaire Pinochet continue d’ĂŞtre une source d’inspiration.

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